Déclaration de Christian PIERRET, secrétaire d'Etat à l'Industrie, le 20 avril 2000

 

 

Mesdames et messieurs les auditeurs,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

 

Je ne bouderais pas mon plaisir ce matin! Il est rarement donné à un Ministre, fusse-t-il membre d'un gouvernement qui ne cesse d'affirmer sa capacité à comprendre et à transformer la société française, et quand bien même serait-il chargé d'un fleuron, l'industrie, où la compétence, la rigueur et l'innovation sont des exigences quotidiennes, d'ouvrir une journée de travail entièrement consacrée à l'intelligence. Bien sûr, je n'oublie pas qu'il sera question d'une espèce particulière de l'intelligence puisqu'elle est ici " économique ". On peut être économiste, on peut être intelligent - et pourquoi pas les deux en même temps ? Je m'efforcerais, pour ma part, de rendre cette hypothèse plausible !

 

L'intelligence qui me saute aux yeux, c'est d'abord celle des intervenants : chefs d'entreprises, responsables de l'administration, syndicalistes, experts. Votre diversité témoigne bien sûr de l'importance du sujet, elle reflète surtout la complémentarité des compétences et des points de vue qui forment les réseaux de l'intelligence économique.

 

L'intelligence, c'est aussi celle de votre assemblée constitué comme à l'habitude des prestigieux auditeurs de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, auxquels s'ajoute un bataillon d'étudiants venus en renfort des Ecoles et des Universités les plus prestigieuses de France. Pour ces derniers en particulier, je sais que les Technologies de l'Information et de la Communication ne sont en rien " nouvelles " et que les réseaux mondiaux sont un espace de jeu quotidien. Cette aisance technologique naturelle, qui est pour votre génération comme une seconde nature, est un atout que vous avez mûri et perfectionné avec l'aide des enseignants. Ils ont fait de l'intelligence économique, de ses réseaux et de ses outils, des thèmes essentiels de vos programmes et je salue cet effort. Grâce à eux, vous avez appris à maîtriser les outils du nouveau siècle, ils vous aideront à devenir les entrepreneurs de demain.

 

 

 

 

 

L'intelligence économique s'est imposée comme un outil essentiel dans le cadre d'économies ouvertes, mondialisées et, désormais, profondément transformées par les technologies de l'information et de la communication. Sous une formulation sophistiquée, elle exprime une réalité de bon sens économique : pour innover, produire, commercer, les entreprises ont de plus en plus besoin d'une information fiable, complète et exploitable. Plus techniquement, la science économique enseigne que l'asymétrie d'informations - c'est-à-dire les situations où certains en savent plus que d'autres sur leur environnement - impose la conduite de comportements stratégiques. L'accélération des échanges, l'abondance et la diversité des informations nécessaires pour commercer, la complexité croissante des données et des phénomènes à comprendre, ont renforcé ce théorème. L'asymétrie est plus que jamais prononcée ; la collecte, l'analyse et l'organisation de l'information plus que jamais nécessaires. Connaissance des marchés, de leurs segmentations, de leur ouverture internationale et de leurs conditions d'accès, connaissance de la concurrence, des technologies et des innovations, maîtrise du secteur financier en constante évolution : l'entrepreneur du XXIe siècle doit être à la fois un technicien, un commerçant, un juriste et un stratège ! Comme l'art de la guerre, qui ne vous est pas inconnu, se fondait naguère sur le renseignement, celui du commerce ne peut désormais se passer de savoir. S'il ne s'agit pas, bien évidemment d'espionnage - la loi le réprime sévèrement - il s'agit bien d'une guerre, la guerre économique.

 

Les travaux menés sur le sujet, je songe notamment au rapport MARTRE, discernent les deux strates de l'intelligence économique. La première, la plus immédiate aussi, s'identifie à la capacité, pour l'entreprise, à chercher, trouver et acquérir au coût le plus faible l'information dont elle a besoin. L'information est ainsi la première des matières premières de l'entreprise. La seconde, que le concept d'intelligence stratégique résume, concerne la capacité des organisations à se structurer efficacement pour optimiser l'utilisation de l'information économique. Dans toute entreprise, groupe industriel mondial ou PME régionale, la circulation de l'information a des répercussions considérables à la fois sur la productivité globale, mais aussi sur les relations avec les fournisseurs, la gestion de la clientèle ou les pratiques commerciales.

 

Avec la révolution des technologies de l'information et de la communication, le savoir a changé de dimension : il est désormais potentiellement accessible à tous et à tout moment. Il y a cinq ans, l'usage de l'internet était seulement confidentiel, cantonné à une élite de chercheurs, de militaires ou de doux passionnés - que certains eurent vite fait d'appeler des illuminés. Ils étaient en fait éclairés, en avance sur leur temps. La révolution technologique est désormais entrée dans les moeurs. 10 % des foyers sont déjà connectés au net et 20 % ont l'intention de le devenir cette année. Les ventes de micro-ordinateurs ont dépassé celles des téléviseurs. Cette montée en puissance ne va cesser de s'amplifier et le gouvernement continuera à la soutenir et à la stimuler.

 

Le commerce électronique, pour sa part, est en passe d'ouvrir un nouvel espace d'échange et de profit pour les entreprises. Il y a 5 ans, 7 % des PME étaient équipées d'un accès internet. Il y a 18 mois la moitié l'était, aujourd'hui ce sont les 2/3 de leurs entrepreneurs qui surfent ! L'accélération est prodigieuse. L'IHEDN a de son côté pris l'initiative de lancer une enquête sur les pratiques observées en France en matière d'intelligence économique dans les entreprises. Je salue ce travail dont Monsieur BOURNOIS vous exposera les premières analyses lors de la table ronde de la matinée et je ne doute pas qu'elles observeront le même dynamisme. Que l'on ne nous dise donc pas que la France serait à la traîne ! Peut-être, tel un solide moteur diesel, avons-nous mis un peu de temps à chauffer. Le pli est désormais pris, le rythme soutenu, la route dégagée.

 

 

 

 

L'administration française, qu'on dit à tort lente à évoluer et à se moderniser, a su montrer l'exemple. Le travail en réseau est un des éléments essentiels de la réforme de l'Etat. Il doit devenir l'un des leviers puissants de la simplification de notre administration et de ses procédures - et cela dans le but de renforcer et d'enrichir le service public. Le Commissariat général au plan vient de remettre le mois dernier au Premier Ministre le rapport LASSERRE sur l'Etat et les technologies de l'information et de la communication. Il recense des évolutions réjouissantes. Les agents des administrations sont par exemple favorables à 85 % à l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Une autre étude, celle de l'Université d'été d'Amsterdam, a placé en 1999 la France en tête des 15 pays de l'Union Européenne en matière de sites internet publics. Réalisée par un panel d'internautes européens, elle a salué les qualités particulières d'ergonomie des sites publics français et leur grande homogénéité. Enfin, et c'est bien connu, charité bien ordonnée commence par soi-même : le site internet du ministère de l'économie, des finances et de l'industrie comprend plus de 40.000 documents. C'est un outil d'information performant au service des particuliers, des entreprises et des agents de l'administration. Et je suis fier qu'en ce domaine, en attendant d'autres auxquels, avec Laurent FABIUS, nous nous sommes attelés, Bercy ait voulu et réussi le pari du changement.

 

Voilà à la fois pour le contexte et le constat. Que doit être le rôle de l'Etat, singulièrement du ministère de l'économie, en matière d'intelligence économique et de la technologie de l'information et de la communication ? C'est une question à laquelle j'apporterai plusieurs éléments de réponse.

 

Vous le savez, les technologies de l'information et de la communication sont une préoccupation centrale du gouvernement. Le Premier Ministre avait, dès 1998, tracé les grandes lignes d'action pour l'Etat.

 

Ces technologies ont depuis lors puissamment renforcé la croissance : le secteur des technologies de l'information et de la communication contribue pour 5 % à la création de richesses nationales, c'est à dire autant que les secteurs de l'automobile et de l'énergie réunis. Pour la croissance, pour l'emploi, pour le changement, elles sont donc un enjeu public de premier ordre.

 

En matière d'intelligence économique, les missions de l'Etat me semblent se décliner autours de trois priorités :

 

1. Assurer la veille technologique, encourager et stimuler la recherche, l'innovation, son application industrielle, sa protection juridique. L'amélioration de la sécurité des réseaux doit également être inscrite à l'ordre du jour des préoccupations du gouvernement.

 

2. Sensibiliser et former les entrepreneurs au caractère stratégique et vital de cette matière première particulière. Par le soutien à des initiatives de formation, au sein d'écoles sous la tutelle directe ou indirecte du Ministère en charge de l'Industrie (on les comptait sur les doigts d'une main en1995, il y en a une trentaine aujourd'hui), par des opérations collectives menées en région par les DRIRE auprès des entreprises, par la participation à des colloques ou des journées d'information dont le vôtre est un exemple.

 

3. Ouvrir aux entreprises l'accès aux informations économiques utiles, voire stratégiques, que nous possédons. Un fait résume à lui seul la responsabilité particulière du MEFI : 80 % des informations économiques sont détenues par les administrations et particulièrement par celles de Bercy.

 

 

 

Le Ministère n'a pas été en reste pour concrétiser ces principes, ouvrir ses armoires et ses fichiers, mettre à la disposition de tous quelques-uns de ses secrets ! En matière de commerce extérieur, je ne déflorerai pas le sujet puisqu'un représentant de Jean-François STOLL, directeur des relations économiques extérieures, va participer à la table ronde de la matinée.

Les PME-PMI ont, pour leur part, bénéficié d'une action particulière de sensibilisation de la part des pouvoirs publics et des réseaux des chambres de commerce et d'industrie. Les directions régionales de l'industrie, de la recherche et de l'environnement ont mis en place 49 actions collectives ces dernières années. De manière générale, elles s'organisent selon un plan en trois phases : sensibilisation et information d'un maximum d'entreprises ; formation des entreprises les plus motivées pour les aider à évaluer leur besoin et à adopter de nouveaux outils ; accompagnement par des diagnostics et des audits individuels. Au 1er mars 2000, plus de 5400 entreprises ont été ainsi concernées. Près de 850 ont été formées et pas moins de 250 ont bénéficié de mesures d'accompagnement. L'effort doit être poursuivi et amplifié.

 

Certaines régions ont d'ailleurs d'ores et déjà inscrit ces actions dans les contrats de plan Etat-Région. C'est le signe que l'information économique et stratégique est bien devenue, dans les faits, une réalité politique.

 

J'ajoute, enfin, que les capacités d'informations économique et stratégique ont été renforcées au sein des Trésoreries Générales de Région. Les chargés de mission de défense économique s'impliquent dans des actions de recensement et de coordination des informations disponibles dans les différents services extérieurs du ministère, notamment au travers de la constitution d'intranet régionaux.

 

Ces travaux, menés en étroite coopération avec les Préfets de région, ont déjà porté leurs fruits et ils n'ont pas mûri, d'ailleurs, dans les contrées les plus méridionales de notre pays - même si l'on connaît l'attrait des ingénieurs pour le soleil, en Méditerranée comme en Californie - puisque ce sont le Centre, la Basse-Normandie, l'Aquitaine, et bientôt le Nord-Pas-de-Calais, qui se placent dans le peloton de tête de l'intelligence économique.

 

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Mesdames et Messieurs, c'est à grandes enjambées que nous progressons vers la société du savoir. Au sein du gouvernement, à Bercy avec Laurent FABIUS dont c'est l'une des priorités, je veux vous dire ma volonté d'y apporter mon engagement résolu et énergique. La maîtrise de l'information est devenue essentielle pour innover, exporter, entreprendre. L'intelligence économique se trouve ainsi au coeur de notre croissance, de notre développement économique et social. Le gouvernement que j'ai l'honneur de représenter est aussi un gouvernement pour les entreprises et les entrepreneurs. Vous avez le droit d'entreprendre, nous avons le devoir de vous épauler. Entreprendre pour une croissance solidaire, entreprendre pour l'emploi, entreprendre pour moderniser la France !