Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie
Jean-Michel YOLIN
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Internet et Entreprise
mirages et opportunités
Pour un plan d'action
Contribution à l'analyse de l'économie de l'Internet
Rapport de la Mission conduite par
Jean-Michel YOLIN, Ingénieur Général des Mines
avec
Jean-Claude Merlin, Ingénieur Général des
Télécommunications
Grégoire Postel-Vinay Ingénieur en Chef des Mines
Christian Scherer Ingénieur en Chef des Mines
Mise à jour 2002
Table des matières
Préambule.
"Ce
qui est marginal mais croît de façon exponentielle peut devenir
majeur"
Jean-Claude Pelissolo
Internet et Entreprises: Mirages et opportunités ?
Aujourd'hui celui que l'on appelle le "réseau des
réseaux" est devenu incontournable. Il a ses fans, fascinés par
ses possibilités immenses. Il a aussi encore quelques détracteurs
de plus en plus rares, qui ne manquent pas une occasion de mettre en
évidence ses défauts ou les points faibles liés à
sa conception et l'absence de contrôle qui en fait sa force aux yeux des
uns et sa faiblesse aux yeux des autres. 1964 : le Ministère américain de la
Défense a l'idée d'un réseau de communication sans
véritable direction centralisée, conçu de façon
à demeurer opérationnel même si des portions
entières du réseau tombent en panne ou sont détruites
Cette
rupture dans les méthodes d'élaboration de la normalisation
internationale, porte en germe une évolution dont nous n'avons pas
encore tiré toutes les conséquences: elle risque de
marginaliser les organes de normalisation officiels et leurs longs
processus formels
Les
chercheurs américains utilisent très vite ce réseau qui
leur permet de se partager des capacités de calcul de quelques
très gros ordinateurs, très onéreux à
l'époque. Paradoxalement, comme nous le verrons plus tard cette
utilisation, vite marginalisée refait surface aujourd'hui avec la mise
en réseau de ... millions de micro-ordinateurs Mais
rapidement, comme c'est souvent le cas pour des innovations radicales
2(*) ce n'est pas l'usage pour lequel il
avait été conçu au départ qui prédomine : le
réseau est de plus en plus utilisé pour consulter des bases de
données, échanger des articles scientifiques puis des messages.
"Un
internet est alors défini comme un ensemble de réseaux
interconnectés
76-78 : le projet Cyclades beaucoup trop
"déstabilisant", moins "contrôlable" pour les modèles
établis dans notre pays, se heurte à une très violente
hostilité de l'administration des PTT3(*) : celle-ci développe la norme X25
issue du protocole "Host-Host" américain, crée Transpac et
obtient l'arrêt du projet Cyclades (qui n'aura coûté au
total que 20 MF) : le protocole TCP IP devient "hors la loi" (alors qu'à
ce moment il permettait déjà des débits 30 fois plus
élevés : 2.000 kbit/s contre 64 kbit/s pour Transpac).
Ce rapport 2002 est la cinquième édition depuis la
première demande du Ministre en 1997 nous chargeant
Depuis lors, dans notre pays, beaucoup de chemin a été parcouru
sous l'impulsion d'initiatives tant publiques (dans le cadre du PAGSI) que
privées.
· de contribuer à la réflexion sur les actions à conduire
notamment au profit des PME.
De nombreuses missions aux Etats-Unis et dans plusieurs pays européens
(notamment dans l'Europe du Nord) et de très fréquentes visites
d'entreprises françaises et européennes nous ont cependant
montré que si depuis 1998 notre pays a amorcé son
décollage, outre atlantique comme chez nos voisins d'Europe du Nord ces
dernières années ont vu une accélération des
utilisations des technologies de l'Internet par les entreprises traditionnelles.
Notons que, plus encore que les pays latins, le Japon, sans doute pour des
raisons culturelles analogues de "gestion du pouvoir" éprouve les plus
grandes difficultés à s'adapter à ce bouleversement de
l'économie mais que néanmoins de nombreux Français
réussissent remarquablement dans ce domaine pour peu que l'environnement
soit favorable
· Mais nous ne comblons encore que partiellement notre retard vis
à vis de pays qui poursuivent une croissance exponentielle tant en terme
de volume qu'en terme de sophistication des usages : ceux-ci progressivement
transforment en profondeur le fonctionnement des entreprises de toute taille et
de tous secteurs et conduisent à repenser tous les métiers.
Finance et logistique sont particulièrement riches de marges de
progrès
En ce qui concerne les créations d'entreprises 1999 et début 2000
ont vu l'explosion des " jeunes pousses " et l'émergence des
" Business Angels ". Comme tout phénomène brutal une
telle croissance ne pouvait se produire "à-coups" et aux excès
qui ont culminé en mars 2000 ont succédé d'autres
excès en sens inverse.
2001 a vu de nombreuses fusions ou faillites, soit parce qu'il n'y a pas
toujours la place pour plusieurs compétiteurs sur un même
créneau, soit pour des problèmes de gestion, soit parce que les
capitaux ont manqué pour atteindre le point mort, soit aussi bien
souvent parce que les anticipations sur le marché ont été
trop optimistes. Pour autant les idées portant ces entreprises ne nous
paraissent pas devoir être effacées de nos mémoires car
dans d'autres circonstances elles pourront peut-être se
révéler fécondes et nous ne les avons donc pas
"gommées" de cette édition 2001 v2
Gageons que dans le futur d'autres ajustements auront lieu et gardons à
l'esprit que les aventures risquées ne peuvent toutes déboucher
sur des succès...
En 2001, si les cours de bourse se sont effondrés les usages ont
continué à connaître une très vive croissance (plus
que doublement d'une année sur l'autre des principaux indicateurs). Une
mer ne monte en général pas de façon
régulière et continue mais par des vagues successives, qui
chacune, après la déferlante, donne l'apparence de se retirer
En particulier les grands groupes français ont véritablement
commencé à s'approprier les outils de l'internet pour renforcer
leur compétitivité et leur réactivité,
au-delà des sites institutionnels et de timides essais de commerce en
ligne sans grand impact stratégique:
Cette année, année de consolidation, pas d'émergence de
concepts radicalement nouveaux (si ce n'est le Peer to Peer, véritable
retour au source sur le plan conceptuel mais qui n'a pas encore trouvé
sa place opérationnelle), mais
Un grand nombre de personnes (entreprises, sociétés de conseil,
organismes de formation,...) nous ont suggéré d'assurer la mise
à jour d'un rapport qu'ils utilisent comme document de
référence (support de cours, source d'exemples d'application pour
la sensibilisation et le conseil, guide méthodologique, ...).
· Plus que le développement des ventes, l'objectif de
réduire les coûts et les délais. Cela a
conduit dans tous les secteurs à un développement des outils de
l'internet pour la fonction "achat" : "places de marché" et
approvisionnement électronique qui se comptent aujourd'hui par centaines
et dont nombre d'entre elles affichent des objectifs dépassant les 100
milliards de dollars de transactions annuelles
· l'enrichissement des usages et l'ouverture (trop) progressive de la
concurrence au niveau des opérateurs entraîne une baisse des prix
et une poussée très forte vers les réseaux à
haut débit et au déploiement industriel des technologies
optiques et de l'ADSL (2 points forts de notre industrie), alors que le
satellite se marginalise
· le développement des usages "nomades" de l'Internet avec
l'intégration progressive des innombrables type de terminaux mobiles,
l'explosion de l'usage des "texto" (SMS) pour effectuer des transactions ou
même télé opérer des machines (palliant
l'échec de la norme WAP) le démarrage du GPRS et l'attribution
des licences UMTS
· l'émergence du marché de l'éducation en ligne
(e-learning), enjeu à la fois pour la balance commerciale (en
dizaines de milliards de dollars) comme pour la balance culturelle, il concerne
la principale matière première de demain: la matière
grise, tant pour sa première transformation que pour sa maintenance
· remise en cause des principes mêmes de la "normalisation",
élément majeur de toute stratégie industrielle: les
processus traditionnels, basés sur l'élaboration diplomatique de
consensus entre entités institutionnelles, ont été
complètement balayés car incapables de suivre le rythme
qu'implique les NTIC : des forums informels, regroupant les quelques acteurs
déterminants se sont substitués à eux, les
reléguant au rôle de spectateurs régularisant des "voies de
fait" ce qui n'est pas sans poser problème en terme de règles de
concurrence
· la prise de conscience des risques en terme de sécurité
et de stabilité inhérents au système d'exploitation de
Microsoft et le développement des logiciels libres GNU/Linux
La présente version essaye de répondre à cette demande:
Comme la précédente, celle-ci est consultable à l'adresse
www.ensmp.fr/industrie/jmycs (depuis sa première publication
ce rapport a reçu 870.000 requêtes provenant de 103 pays),
où il est possible de la télécharger ou de l'utiliser en
format html comme plate-forme de navigation pour accéder à toutes
les sources citées (le sommaire très détaillé
essaie de faciliter un accès direct et rapide à la
préoccupation du lecteur).
En outre une page de News -
www.yolin.net - permettra de
continuer à l'enrichir progressivement par des développements
spécifiques (intelligence économique, création
d'entreprises dans les NTIC, infrastructures et aménagement du
territoire, Internet et collectivités locales, ...) et de rester
à votre écoute pour continuer à capitaliser notre
expérience collective.
Merci à tous
"we haven't seen anything yet"
Jean-François Abramatic (Autrans 2001)
Quelles initiatives prendre ?
1 L'Internet en deux mots
1.1 Le fruit étrange de la liaison entre la rigueur des militaires et la
créativité libertaire des chercheurs sur fond de guerre
froide
1.1.1 Dans les années 70, une initiative pour limiter la
vulnérabilité des réseaux informatiques en cas d'attaque
nucléaire :
Paul Baran de la Rand Corporation en invente l'architecture avec la
numérisation des informations et le découpage de celle-ci en
petits blocs : L'originalité du système mis en place, qui assure
son invulnérabilité à une attaque militaire "physique",
est l'absence de point central : Le réseau fonctionne sur un
mode purement coopératif avec une multitude d'ordinateurs et de
réseaux locaux ayant tous les mêmes prérogatives.
L'idée fondamentalement nouvelle est de mettre "l'intelligence" dans les
terminaux et non dans le système de transmission avec ses gros centraux
téléphoniques
Chaque ordinateur "serveur" qui se connecte pour émettre et recevoir sur
l'Internet, participe en outre au routage des messages qui circulent à
travers le monde selon des cheminements quelque peu aléatoires : il
reçoit des serveurs voisins des "paquets d'information" (les messages
trop longs doivent en effet être tronçonnés en petits
"paquets") et en fonction de l'adresse de destination, le transmet à son
tour à un autre ordinateur qui se trouve "à peu près" dans
la bonne direction et dont la ligne est disponible (les paquets composant un
même message empruntent éventuellement des chemins
différents et n'arrivent pas obligatoirement dans l'ordre initial)
Réaction1(*)
d'AT&T: "c'est aussi stupide que de mettre le pétrole
dans des tasses à café pour le transporter dans un pipeline".
A cette même époque Engelbart invente la souris
www.engr.orst.edu/old_news/121098/engelbart.htm
En 1969, Larry Roberts de l'Agence américaine de l'armement
(Arpa) demande à quatre universités américaines de
mettre ces idées en pratique dans un réseau expérimental.
Quatre supercalculateurs sont interconnectés en 1971 : c'est le
réseau Arpanet:
http://som.csudh.edu/cis/lpress/history/arpamaps/f8sep1971.jpg
La nécessité d'adopter des standards, élément
clé du succès, et d'aller vite a conduit à la mise en
place ce que certains ont appelé une "adhocratie" avec une
coordination d'étudiants qui développent les idées de
"protocoles" et de "RFC" (Request For Comment) permettant de
lancer les idées nouvelles et de les tester auprès de la
communauté
1.1.2 Un apport décisif des chercheurs en terme d'ergonomie et de
convivialité :
Quelques étapes :
1960 Ted Nelson invente l'hypertexte dont le premier
modèle électromécanique fut publié en 1945 par
Vannevar Bush. Inventeur du mot "hypertexte", Ted Nelson, conçoit
l'hypertexte comme un gigantesque réseau contenant toute la production
intellectuelle (littérature, peinture, musique,...) mondiale. Ce
réseau, qu'il a nommé "Xanadu" (dont on peut penser qu'il
a inspiré "wanadoo"...), serait accessible par tous, chacun pouvant y
ajouter ses propres productions. Celles-ci seraient reliées les unes aux
autres par des "liens hypertextes" explicitant leurs relations. Les liens entre
ces différents éléments permettraient de "naviguer" de
l'un à l'autre. L'utilisateur pourrait d'ailleurs lui-même ajouter
des liens à ce gigantesque Hypertexte, contribuant ainsi à la
mise à jour progressive du réseau implicite que constitue notre
culture littéraire, artistique et scientifique...
1971 Louis Pouzin, chercheur à l'INRIA,
épaulé par Michel Montpetit invente le
"datagramme", pièce essentielle de la transmission par paquet qui
ne nécessite plus l'immobilisation d'une voie de communication comme le
protocole américain de l'époque (Host-Host) : c'est le
début du réseau Cyclades.
automne 1971 Ray Tomlinson invente l'e-mail, courrier
électronique et choisit un symbole inutilisé dans les
laboratoires, le "@" pour séparer l'adresse de la machine du nom
du destinataire et création d'un groupe de travail en vue de
définir un standard d'interconnexion.
www.ifla.org/documents/internet/hari1.txt et
http://ojr.usc.edu/content/ojc
D'après un professeur de l'Université de Rome le @ aurait
été "inventé par les Marchands Vénitiens au
16ème siècle et correspondait à une unité de mesure
: l'amphore, ce symbole aurait transité par le monde arabe et l'Espagne
avant de devenir le "commercial a" Anglo-saxon
1972: André Truong, créateur de la
Société R2E, et François Gernelle, son
directeur général, pour répondre aux besoins de l'INRA
(Institut de Recherche Agronomique) invente le premier micro-ordinateur
: le Micral, autre pièce essentielle du futur réseau
Internet, (réaction d'alors d'un haut responsable de Bull
rappelée par le Monde "vous n'avez jamais rien compris à
l'informatique"),
1974 : Vinton Cerf met en oeuvre le concept de datagramme,
développé avec "Cyclades", dans le réseau Arpanet
pour créer un des protocoles de base de l'Internet : TCP
(protocole de contrôle de transmission). Les multiples "paquets"
émis ne parviennent pas tous à destination (jusqu'à 15%
sont perdus) : en cas d'engorgement momentané, certains routeurs peuvent
en effet être amenés à détruire ceux qui sont en
attente: c'est le protocole TCP qui détecte ces échecs de
transmission et provoque une nouvelle émission du paquet
considéré
Dès cette période, la participation de pays autres que les
Etats-Unis à des travaux de spécifications et de tests est tout
à fait notable: En France, l'Inria et le Cnet
www.cnet.fr sont
particulièrement actifs.
C'est aussi l'époque où le CNET "invente" l'ATM
www.atmforum.com qui a
été jusqu'à aujourd'hui une technologie importante pour
accroître de façon substantielle les capacités de
transports des réseaux de télécommunications pour la
transmission de données.
1977 : , le protocole d'adressage IP (Internet Protocol) voit le
jour : il vient compléter le protocole TCP. Dès lors, pour
reprendre la définition de l'AFTEL :
et l'Internet, comme l'ensemble des réseaux Internet
interconnectés à l'aide du protocole TCP/IP"
Dany Vandrome, Directeur de Renater,
www.renater.fr rappelle qu'en
1984 nos chercheurs devaient se déplacer à Londres pour se
connecter à ARPANET ...
Sur cette base est lancé le Minitel à l'abri des
perturbateurs. "A cette époque déjà les tarifs
dans notre pays étaient plus du triple de ceux pratiqués
aux Etats-Unis pour les entreprises" (Robert Mahl, Annales des mines - nov
96).
1981: la NSF (National Science Foundation) décide de financer un
réseau "Computer and Science Network" qui deviendra plus tard le
NSFNet afin d'offrir aux universités des services tels que la
messagerie.
1982 l'Administration et les grandes entreprises américaines
(IBM, Digital, HP,..), voulant "reprendre la main" essaient d'imposer un
standard "vraiment professionnel": l'OSI: le consensus des internautes
sur TCP/IP conduit à l'échec de cette offensive
1988 le Finlandais Jarkko Oikarinen, université
d'Oulu invente l'IRC (Internet Relay Chat) "standard de
téléconférence synchrone en mode texte par Internet" qui
est aujourd'hui un des principaux usages du réseau, pour l'instant
encore peu dans les entreprises
www.mirc.co.uk/help/jarkko.txt
1990: Tim Berners-Lee chercheur au CERN
www.cern.ch (centre
d'étude et de recherche nucléaire de Genève) invente avec
ses collègues le concept de World Wide Web (WWW) et le langage
hypertexte (HTML)
www.w3.org/History.html
:
Derrière les images ou les mots clefs choisis par les auteurs de pages
publiées sur le réseau, "se cachent" les adresses (hyperliens)
d'autres pages d'information, situées éventuellement à
l'autre bout du monde.
L'Hypertexte contient aussi bien des images, des sons ou des séquences
vidéo que du texte proprement dit.
1991 un jeune étudiant Finlandais, Linus Torvalds
développe LINUX, système d'exploitation
dérivé des systèmes d'exploitation conçus 20 ans
auparavant pour les grosses machines en réseau (UNIX 1971